Une autre chronique JJB à Camon 09 – Août 2014

Encore une belle chronique… concert Juke Joints Band à Camon.
LA CAMONETTE IN CAMON
20 – 08 – 2014
JUKE JOINTS BAND

Un coup de chance inespérée. La teuf-teuf qui s’arrête auprès d’un platane de la charmante bourgade de Camon – Camon qui repose dans son nid de collines ariégeoises avec ses mille terrasses, sa roseraie, son château-abbaye, pas tout à fait le nombril du monde mais le paradis assuré des pécheurs, bref un village prospère au temps des dernières croisades, juste avant la guerre de cent ans et qui n’en finit pas de couler des jours paisibles, oublié de tous. Faut-il tourner à gauche ou à droite ? Point du tout une interrogation politique, simplement la recherche de la route la plus courte pour revenir à la maison, car quand l’aigle est blessé ne retourne-t-il pas vers les siens ? Je ne suis pas blessé mais c’est la copine qui pousse un cri, aurait-elle été transpercée par une des mortelles flèches de l’Eros Sauvage qui se manifeste dans les lieux sauvages et isolés propices aux abandons les plus lascifs ? Non ! ses yeux exorbités, son bras tendu, désignent une affichette bleue, les trois initiales sacrées, JJB ! Juke Joints Band, en concert, le lendemain soir, ici même sur le boulingrin ( pierreux ).

L’on arrive un peu en retard. Je ne vous dirai pas pourquoi. Sont tous au fond du parking. Un brouhaha monstre. Tous attablés, près de deux cents affamés, des jeunes, des vieux, des villageois, des touristes, des toute belles et des moins beaux, des serveuses qui courent partout de la cam(i)onnette où s’agitent les cuistots aux tréteaux gargantuesques, les plateaux recouverts de madrés de canard et de panini appétissants, fument les crêpières et se débouchonnent les bouteilles de rosé à tire-larigot, de gamins fendent la foule en poussant des hurlements sur leur vélos sans pédales.JUKE JOINTS BLUES

C’est la cohue, c’est le tohu, c’est le bohu, et de sous la tente rouge posée face aux ripailleurs sort un potin infernal. Le Juke Joints Blues a sorti le grand jeu, au moins trois guitaristes qui rivalisent d’ardeur, je presse le pas pour assister à ce festival de guitares en folie. Furieuse. Tout faux. Sur toute la ligne. Ne sont que deux. Je précise, Chris le microphoneur, pardon le mégaphoneur, et Ben avec son acoustique. Electrifiée, certes. Mais enfin il ne faut pas exagérer. La fait sonner comme un orchestre à cordes endiablées. En fin de soirée, il avouera que le bout de ses doigts le brûlent. Pas la peine de demander pourquoi. N’est pas avare de fricassées d’ongles.

Pour le larynx de Chris, je n’ai pas eu de révélation. Je le subodore sanglant et en sale état. Car comment sortir autant de pierrailles et de ferrailles d’un simple gosier. Nous crache des sabres comme d’autres les avalent. Mais les siens sont ébréchés et rouillés. Rien qu’à les imaginer vous en trembleriez, mais à les entendre c’est une toute autre histoire, cimeterres de pirates qui vous hachent le blues menu menu pour mieux vous le transfuser par les oreilles. Glapissements de renard enfumé dans son terrier avec la meute des cordes de la guitare de Ben assoiffées de carnage qui aboient et hurlent à la mort. Mais le Chris il arrive toujours à s’échapper, l’on ne sait pas comment, par une de ses modulations barbaresques dont il a le secret, et il détale le museau au vent, hululant sous les étoiles, avec la horde canine à ses trousses. Fin du premier set. Sauvé par le gong.

Doivent aimer cela. Car ils y reviennent prestement. Pas le temps de vous ennuyer durant la mi-temps. Sont pressés. Pas de terminer mais de recommencer. Et Ben vous incendie les arpèges du blues comme si sa vie en dépendait, et Chris qui chante comme l’on prend une assurance sur la mort. Les tripes dehors et le coeur bouillonnant. Tourbillonnant. Un vibraphone en colère et en rut. La haine et l’amour en même temps. Quand l’un s’avance c’est l’autre qui se rapproche. Sont tous les deux au prise avec le fantôme du blues, celui qui court du delta à Chicago et qui ce soir tonne à coups de Camon.

L’est arrivé avec son ampli et sa valise à bouts de bras. C’est Thierry Kraft avec son éternelle étole de léopard sur le cou. Revient de vacances. Mais incapable de résister à aider les copains. S’installe pendant que les deux autres ramonent le rhythm and blues, cherche un micro, finira par se greffer sur celui de Ben – qui pousse de temps en temps une goualante de renfort pour soutenir Chris – et puis il farfouille dans sa valisette si longtemps que l’on oublie sa présence, et puis c’est comme une coulée de chantilly amère sur la tristesse du monde, un ourlet de larmes sur la désespérance de l’existence et il s’enfuit s’asseoir à la table d’une jolie blonde. Papillonnera ainsi, tantôt auprès de sa belle, tantôt l’harmonica sur le micro sur des tempos de plus en plus syncopés. Finira par se joindre à la touffe gesticulante de danseurs qui s’est formée.

Tandis que Ben et Chris poussent leur blues, comme Sisyphe son rocher, sur les crêtes soufrées du rhythm and blues. Le laissent retomber, le beau basalte bleu, le roc(k) azuréen qui mord, morceaux après morceaux sur nous, pauvre foule grouillante et extatique qui en redemandons toujours davantage, afin que chaque pierre roulante nous farine l’âme. Ca sonne comme les premiers Stones. Et je ne serai pas le seul à faire cette remarque la soirée terminée. Avant dernier concert de la tournée d’été de Juke Joints Band, la veille ils ont mis le feu à Mirepoix, un concert d’anthologie, que j’ai raté. On devrait leur interdire d’arrêter, ils sont trop bons.

J’en ai oublié Maëve, la serveuse, qui s’en est venue assurer le chant sur le Sittin’ On The Dock Of The Bay, s’en est est bien sortie, faut dire qu’elle fait partie d’un groupe local Sun Fish dont je ne sais rien, si ce n’est qu’avec Maëve ils ont fait bonne pêche.

Damie Chad.

Le site pour retrouver cette chronique, et d’autres…
http://krtnt.hautetfort.com/

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